L'une des premières usines de compostage, à Rome (D.R)
Des déchets, il y en a beaucoup voire énormément. L'une des scènes d'Outremonde de Don DeLillo décrit la fascination et la peur de l'un des personnages, qui travaille dans une société de traitement des déchets, alors qu'il pénètre dans New York, devant les kilomètres et les kilomètres de décharges, de stations d'épuration, de zones d'enfouissement, d'incinérateurs qui s'étendent à l'entrée de la ville. Devant la diversité et la quantité pharaonique des déchets, l'homme prédit que l'objet de l'avenir sera le déchet... Alors qu'en est-il : peut-on sauver le déchet ? Peut-on faire du déchet, à défaut d'une oeuvre d'art, un être vivant ?
Les déchets
La valorisation des déchets englobe tous les processus de recyclage des déchets : le tri, le recyclage plastique, le recyclage électrique, le compostage, l'alimentation animale...
Déchets ménagers (emballages...) dont certains sont biodégradables ou « organiques » (coquilles d'oeuf, marc de café, épluchures...), déchets de l'industrie agro-alimentaire (dans la boucherie par exemple : graisses, déchets de découpe, suifs, sang...), déchets « verts » (ce sont des déchets végétaux bio-dégradables), boues des stations d'épuration... sont les déchets concernés par une potentielle valorisation.
Pourquoi ?
Ce sont des déchets biodégradables ou biodisponibles.
Les déchets biodégradables sont des déchets dont les composants chimiques pourront être « traités » par l'organisme (terre ou animal) et transformés en matière organique (dans la transformation, le déchet est détruit). Les déchets biodisponibles sont composés d'éléments chimiques directement assimilables par l'organisme (terre ou animal).
La valorisation en alimentation animale
On peut valoriser les déchets biodégradables au lieu des les stocker dans une décharge. Une grande partie des déchets IAA (issus de l'industrie agro-alimentaire) sont recyclés dans l'agronomie par la voie de l'alimentation animale. En 1996, sur 43 millions de tonnes de déchets produits par les industries agro-alimentaires, 28 étaient valorisées dans l'alimentation animale. Le procédé était tout naturel avant la Seconde guerre Mondiale et entre 80 et 90% des déchets étaient donnés en pâture aux animaux de ferme. Après 1945, ce chiffre est tombé à seulement 10%, sous l'influence de l'industrialisation et de l'urbanisation. Cependant, petit à petit, la politique agricole a réhaussé le chiffre en partie sous la pression des écologistes.
La valorisation par alimentation animale est une bonne source d'économie et permet de préserver l'environnement mais elle est aussi une opération difficile et subtile. Tous les déchets ne doivent pas être donnés en nourriture aux bêtes sous peine de provoquer des épidémies comme celle de la vache folle. Une vraie sélection des déchets doit être mise en place avec le soutien d'une volonté politique ferme, ou bien le projet se retourne contre nous ! L'autre problème, strictement économique, est que homogénéisant l'apport en nutriments aux animaux, la valorisation collective plombe les rapports économiques de concurrence en empêchant les exploitations de se différencier par l'alimentation de leurs animaux.
Le compostage
Le compostage est le mode de recyclage des déchets biodégradables le plus intéressant.
Sa fonction est double : d'abord, il permet de fournir des engrais entièrement naturels et de haute qualité aux sols agricoles nationaux et par là même de mettre un terme définitif à l'usage d'engrais chimique. D'autre part, la fermentation à grande échelle des déchets organiques produit du biogaz : ce gaz naturel est utilisable pour produire de l'électricité. Les économies réalisées grâce au compostage seraient conséquentes. De plus, le compostage permet d'extraire des décharges les déchets verts qui n'ont rien à y faire, de limiter la pollution des espaces d'assainissement et de recycler les boues des stations d'épuration. Enfin, produisant de la matière organique en grande quantité il peut venir au secours des sols français qui seraient à 36% déficitaires en matière organique.
Qu'est-ce que le compostage collectif ?
Le recyclage de certains déchets biodégradables s'effectue par leur épandage à l'état brut sur les sols agricoles (boues, cendres, déjections animales, chaux). D'autres pour être recyclés doivent subir une ou plusieurs transformations physico-chimiques. L'une de ces transformations est le compostage.
On composte déjà les déjections animales, les déchets d'IAA, les déchets de cultures et de fôrets et les boues d'épuration urbaine. Certaines de ces matières présentent des inconvénients à l'épandage : difficulté de stockage, diffusion de micropolluants métalliques qui corrompent la santé des sols et des plantes... Tout dépend en fait beaucoup de la qualité de l'activité de prélèvement et de sélection des déchets qui précède l'épandage. D'autres matières sont susceptibles d'être recyclées, ce sont les déchets ménagers. Ils font l'objet d'un compostage collectif.
Deux niveaux de compostage collectif
Le premier niveau de compostage collectif est celui du compostage individuel collecté. Le principe est d'abord de collecter au niveau des communes l'ensemble des déchets ménagers de nature organique. Une fois ces déchets collectés, la technique est absolument identique à celle du compost individuel : les déchets sont triés, «superposés en couches » dans une zone de compostage, aérés, enrichis d'urée ou d'autres éléments chimiques selon la teneur de leurs besoins. Petit à petit, la décomposition s'opère et les déchets, sous l'effet de l'activité des vers de terre, des micro-organismes et de la chaleur se transforment en humus. Cet humus est à destination des agriculteurs. Bien sûr, la nature des déchets varie beaucoup : d'où l'existence d'un tri. Les déchets ne sont pas « jetés en compost ».
« Quelques secteurs industriels utilisent également la valorisation agricole à faible échelle : les industries minières (déchets d'extraction) et des " matériaux "(plâtre), la métallurgie (houilles, scories, laitier defours, sels résiduaires de bain de trempe) et certaines industries chimiques (chaux essentiellement). »
Le Courrier de l'environnement de l'Inra, n°28, 1996
Le citoyen peut réclamer auprès des Communautés urbaines l'obtention d'un composteur gratuit. Toutes les communes ne disposent pas d'un service de compostage collectif, elles sont mêmes rares. C'était à la mode au début du tri sélectif, aujourd'hui le compostage est devenu une habitude malheureusement un peu plus étouffée. Cependant, dans certaines CU, le système est toujours en opératif. Chacun trie ses déchets organiques dans le composteur et les services municipaux « ramassent » les composteurs en même temps que les poubelles. L'intégralité des composts revient aux agriculteurs de la région et en cas de surplus, aux particuliers.
"Les déchets biodégradables représentent jusqu’à 40 à 50% des déchets urbains et 25 à 32% des déchets ménagers, selon le comité français pour la biodégrabilité dans sa dernière lettre d’information."
http://www.brest-ouvert.net/article981.html
Le deuxième niveau de compostage collectif est celui de l'usine de compostage. Un tri des déchets est effectué par la population (déchets organiques,déchets non-organiques...); les déchets organiques sont collectés puis acheminés jusqu'à l'usine de compostage. Le compostage est pris en charge par l'entreprise. La subtilité du tri peut varier : on peut demander à la population de trier entre les déchets toxiques et non toxiques parmi les déchets organiques, ou non. Le tri fera l'objet d'une vérification.
Ce système permet aux usines de compostage de valoriser un deuxième élément de la chaîne naturelle à savoir le biogaz qui se dégage des composts. L'usine peut l'exploiter ou le commercialiser pour générer de nouvelles sources d'électricité.
« Cette usine valorise environ 85000 tonnes de déchets urbains produits annuellement sur l'île de Tahiti par la production d'énergie électrique (20300 Mh/an) et d'un compost(15700 t/an) »
http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=171702
« Nous avons ouvert dans le Nord-Pas-de-Calais une unité pilote de méthanisation intégrée à un site certifié ISO14001 de compostage de boues d’épuration et de déchets verts. Ce procédé valorise les déchets en produisant à la fois un amendement organique et de l’électricité, à partir du biogaz dégagé par la fermentation. »
http://www.veolia-proprete.com/sf_metier_compostage.asp?rub=BCC
Où en est le compostage collectif en France ?
Dans les pays en voie en développement notamment en Afrique et dans certaines régions de l'Inde (voir article sur l'éco-mobilité) – le compostage collectif est en essor.
En France, il y a plusieurs usines de compostage majeures, notamment celle de l'entreprise Véolia Propreté :
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à Narbonne
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dans le Nord-pas-de-Calais
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à Nantes
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à Thonon
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à Noirmoutier
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à Launay-Lantic dont le compost va jusqu'à dépasser la norme NFU-44 051 (norme européenne pour les composts)
« Cette performance résulte notamment de la participation de la population au tri sélectif des déchets toxiques. Elletient aussi à la modernité des équipements et àla maîtrise du processus sur toute la chaîne : préparation des déchets par un biostabilisateur rotatif Sogéa, tri balistique, criblages granulométriques, trimagnétique pour évacuer le verre, les éléments métalliques, les objets et films plastiques supérieurs à 10 mm, ajout de déchets verts et d’algues vertes pendant la fermentation. »
http://www.veolia-proprete.com/sf_metier_compostage.asp?rub=BCC
Le compostage collectif se charge aussi du recyclage des boues d'épuration et d'autres déchets urbains (déchets de jardinage, d'entretien des espaces...).
On comptabilisait en 2004 552 installations de compostage en fonctionnement pour 87 départements sur 100.
La Direction de la Prévention de la pollution et des risques a publié un rapport sur l'état des parcs de compostage en France (voir sources). Il souligne :
"En 2004, on peut estimer qu’environ 680 installations ont composté 7.5 MT de déchets pour produire 3.5 MT de composts, c’est plus que les estimations couramment établies et cela tend à prouver que le compostage devient un mode de traitement à part entière de nos déchets ménagers. La collecte des déchets verts en déchèterie est sans doute la première raison de cette augmentation. Cela s’est traduit par une multiplication des petites installations de compostage et un volume de déchets verts compostés toujours plus important. Ces installations, le plus souvent soumises à déclaration, sont encadrées par une réglementation qui semble adaptée aux nuisances qu’elles engendrent et à la part de déchets ainsi traités. Mais plus généralement, ¾ des déchets compostés le sont dans des installations soumises à autorisation, installations qui continuent à se développer, et dont la réglementation mériterait d’être précisée."
*milliards de tonnes
La réduction des émissions de gaz à effet de serre
Au Cameroun, à Bafoussam et à Garoua, des expériences sont menées sur la réduction de l'émission des gazs à effet de serre et le traitement des déchets. On y estime que le compostage collectif des déchets permettraient de diminuer sensiblement les émissions de méthane et de péroxy de d'azote. L'Ecole Nationale Supérieure de Polytechnique du Cameroun rapporte :
1. Du carbone est capté et retenu par la biomasse, les arbres et le sol :
« En ce qui concerne la quantité de carbone séquestrée dans la biomasse et le sol, Nganje et Tiki Manga (1998) estiment la quantité totale de carbone séquestré dans une forêt primaire, à 307 tonneska. Pour les forêts secondaires, cette quantité serait de 230 tonne/ha. En tenant compte de l’évolution des différents écosystèmes de Yaoundé, Mbalmayo et Ebolowa, les mêmes auteurs estiment la quantité totale de carbone séquestré dans la zone périurbaine de Yaoundé à 162 tonneska. Nous retenons un chiffre de 150 tonnes/ka dans nos calculs. »
2. 95% du méthane est conservé par la matière organique quand elle stagne en décharge. 50% du biogaz est détruit lors de la fertilisation par compost. L'utilisation massive de compost rendue possible par le compostage collectif, en améliorant le rendement des cultures, permettraient de réduire les quantités de forêts d'éfrichées, donc de carbone libéré dans l'atmosphère :
« Dans le cas où tous les déchets sont mis en décharge sans récupération du méthane, la production du biogaz est le facteur principal des émissions des GES. Si ces déchets étaient compostés, on éviterait de manière directe la production de biogaz et indirectement, l’utilisation du compost obtenu permettrait d’optimiser la production agricole et de réduire les superficies à défricher. Les essais agricoles effectués sur certaines cultures ont montré que l’application de compost à raison de 30 à 40 tonnes/ka permettrait de doubler la production de légumes et salades, d’augmenter le rendement de maïs de 50 à 70%, des arachides ou du mil de 80%. Si on suppose qu’il faut apporter 35 tonnes de compost par hectare pour doubler les récoltes, cela signifie qu‘à partir d’une tonne d’0.M. qui après cornpostage donnerait 350 kg de compost, on peut éviter de défricher à rendement égal 175 m2 de forêt. La surface de forêt ainsi préservée permettrait de garder le carbone déjà séquestré dansla biomasse et le sol et de l’oxyde nitreux à raison de 0,026 t/ha. »
Conclusion, le compostage collectif diminue les émissions de gaz à effet de serre :
« En conclusion, dans la zone forestière, le compostage d’une tonne d’ordures ménagères permet d’éviter : - (...) le déstockage de 2,6 tonne de carbone et l’émission de 0,455 kg de N2O7, soit 0,13 tECO2; - l’émission de 83 kg de méthane qui aurait dû être émis après la mise en décharge de ce déchet, 2,03 ECO2 à l’horizon 100 ans et 5,14 ECO2 à l’horizon 20 ans.
Au total, le compostage des O.M. permettrait d’éviter les émissions de 4,76 tEC02 par tonne de déchets traités si on raisonne à l’horizon 100 ans et 7,87 tEC02 par tonne de déchets si on raisonne plutôt à l’horizon 20 ans. »
Le compostage individuel
En attendant que le compostage collectif se banalise, voici une solution pour composter dans son coin : le vermi-composteur.
Enfin, impossible d'oublier la valorisation esthétique du déchet à travers l'art pendant le vingtième siècle :
Décharge de Fresh Kills, à New York qui à la demande de l'artiste Mierle Landerman Ukeles fût ouverte au public (D.R)
Oeuvre de César Baldacini, créateur du "césar" du cinéma et compresseur de voitures (D.R)
Oeuvre de Robert Raushenberg (D.R)
Un exemple d'initiative
Quelques chiffres... En Îlle-et-Vilaine, la production de déchets ménagers est de 534 kg par habitant par an. Une production soutenable équivaut à environ 80 kg/hab/an.
L'implantation à Rennes d'une usine de traitement classique des déchets a suscité de nombreuses réactions négatives. Les institutions ne prenant aucune initiative dans le domaine du recyclage des déchets ménagers et l'efficacité du plan départemental laissant complètement à désirer (la production de déchets augmente de 2 % par an, alors que le plan a pour objectif de la faire baisser...) les citoyens ont décidé de se mobiliser, de les interpeller et de proposer un nouveau plan départemental dans lequel sont inclues, notamment, des dispositions radicales pour le compostage. Les associations Bretagne Vivante, Ciele, Eau & rivières de Bretagne, Greenpeace, Passiflore, UFC-Que Choisir et La Maison de la Consommation et de l'environnement ont adopté une position commune sur les aménagements à effectuer le plus rapidement possible :
"(...) Développer la pratique du compostage individuel :
- compostage individuel dans les jardins des particuliers
- compostage collectif ou de quartier au pied des immeubles
- encourager la réutilisation des déchets verts sous forme de paillage
Encourager la réutilisation et la réparation des objets :
- favoriser la réparation/réutilisation des objets (mobiliers, vélos, vêtements, piles et
accumulateurs rechargeables, matériels électriques et électroniques etc …) et la
rendre économiquement intéressante
- éduquer les consommateurs et former les distributeurs
- diminuer les apports de produits toxiques en déchetterie"
Leur position est particulièrement claire, recèle moultes propositions et analyses lisibles sur le site de la MCE rennaise (voir sources). Le mouvement est important.
Sources.
Articles et documentation :
http://www.inra.fr/dpenv/stephc28.htm
http://www.eieretsher.org/spip.php?article603
http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=65
Situation des déchets en Ille-et-Vilaine, constat et position des assocs :
http://www.mce-info.org/position-dechets.php
Association Art Gens, pour le recyclage des déchets par leur valorisation artistique :
Pour connaître les boutiques d'art gens, consultez l'agenda d'Olicéo


